Interview de Javier Ordinola, producteur de bananes Fairtrade

Javier a 40 ans, il travaille comme producteur de bananes pour la coopérative Fairtrade APPBOSA. Il est divorcé et a deux enfants. Un fils de 12 ans, qui veut devenir une star mondiale du football et une fille de 17 ans qui rêve de faire une carrière de médecin.

Quel est l’impact de Fairtrade sur votre vie et celle de votre famille ?

Pour nous, Fairtrade signifie avant tout le bien être et la sécurité. Grâce à Fairtrade, je peux mener une vie équilibrée, je suis sûr d'avoir un emploi et un revenu fixe qui me permet d’entretenir ma famille. L’impact positif de Fairtrade devient plus important et plus évident au fil des ans.

Pour vous donner une idée de la situation : avant d’être certifiés Fairtrade (jusqu’en 2003), notre vie était totalement différente. Dans notre village, nous n’avons la lumière que depuis 2005 ! Fairtrade a apporté de la stabilité et un revenu fixe, ce qui nous permet de faire des investissements sur le long terme. Autrefois, nous portions les régimes de bananes (+- 60 kg) sur notre dos jusqu’au lieu de stockage. Grâce à la prime Fairtrade, nous avons installé une tyrolienne qui nous permet d’accrocher les régimes à un crochet directement dans l’arbre et de les déplacer de cette façon.

Mes enfants peuvent tous deux aller à l’école (ce qui autrefois n’était pas une évidence) et ils ont donc plus de chance de connaître un avenir souriant, ils ont plus de possibilités que je n’en avais. En 2013, nous avons installé une canalisation d’eau jusqu’à l’école, de sorte qu’aujourd'hui pratiquement tout le monde a accès à l’eau du robinet.

Qu’est-ce que Fairtrade a changé sur le plan du travail ?

Plus de 330 ‘trabajadores’ ou producteurs et ouvriers ont à présent du travail. Il s’agit principalement de jeunes gens qui devaient autrefois émigrer vers la ville, à la recherche d’un emploi, et qui ont à présent un contrat fixe, à proximité de leur famille avec laquelle ils peuvent manger tous les soirs. Avant Fairtrade, il n’existait tout simplement aucune possibilité d’obtenir un emploi fixe. L’accès à un revenu fixe nous permet d’effectuer des investissements dans la production et la communauté.

Toute la famille est impliquée dans la coopérative de bananes. Tant les hommes que les femmes peuvent travailler et chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Avec l’aide de la prime Fairtrade, nous avons construit une route entre la plantation et le bureau. La distance que nous parcourions autrefois en plus d'une heure à pied nous prend maintenant un petit quart d’heure en « mototaxi ».

Dans quelle mesure la collaboration au sein d’une coopérative influence-t-elle votre travail quotidien ?

Ensemble nous sommes forts, comme une grande famille. Nous nous entraidons quand cela s’avère nécessaire et nous suivons des formations qui nous sont proposées par Fairtrade. Nous luttons ainsi par exemple contre une maladie extrêmement dommageable des bananiers « la mancha roja » ou la tache rouge. En composant ensemble un programme, avec des techniques de production biologiques pour traiter préventivement ce type de maladies ou pour mener une lutte cohérente, nous conservons une plantation saine.

Nous investissons en permanence dans la qualité de la récolte. Nous nous concertons régulièrement avec d’autres coopératives Fairtrade et nous envoyons même des représentants rencontrer des partenaires Fairtrade dans les pays voisins, pour y apprendre de nouvelles techniques ou découvrir leurs stratégies de production.

Fairtrade impose également des normes écologiques strictes, par exemple en matière de pesticides toxiques et d’OGM, d’amélioration de la gestion de l’eau et des déchets, etc. Qu’est-ce qui a changé dans vos plantations sur le plan écologique ?

Tout ce que nous faisons peut se faire de la façon la plus écologique possible et les pesticides que nous utilisons sont entièrement conformes aux normes Fairtrade, c’est-à-dire que nous n’utilisons aucun produit chimique figurant sur la liste et pas d’OGM. Toutes les bananes de la coopérative APPBOSA sont 100 % bio et Fairtrade.

La région dans laquelle se trouvent nos plantations est un désert à côté d'une rivière. Se montrer économe dans l’utilisation de l’eau est donc indispensable. Des canaux existants ont récemment été nettoyés, d’autres ont été bouchés pour assurer un fonctionnement plus efficace et mieux contrôlé, de manière à ne pas gaspiller d’eau précieuse.

La culture de la banane utilise une quantité importante de plastique (emballage, protection, …). Autrefois, il finissait sa vie dans les déchets, mais à présent, nous les collectons et les emmenons dans une usine de recyclage. Là-bas, nos déchets en plastique sont transformés en tambours pour lave-linge. Nous perdons dès lors le moins possible de matière et nous essayons de boucler la boucle du recyclage.

Cette interview a été réalisée le 23/09/2016 à l’occasion d'une visite chez Fairtrade Belgium. En Europe, Javier et Marcia de la coopérative APPBOSA, se sont rendu dans plusieurs organisations Fairtrade et chez des partenaires commerciaux. C’était la première fois que Javier quittait l’Amérique du Sud. C’est grâce au titre de meilleur producteur qu’il a remporté qu’il a eu la possibilité de faire ce voyage.

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